S’habiller aujourd’hui, un problème de tailles…

Taille standard & sur-mesure….

Que ce soit dans les magazines de Mode, dans la presse économique et d’actualités ou dans les médias citoyens (voire la très intéressante étude de Margaux Gandelon dans Agoravox) , les journalistes font couler beaucoup d’encre sur cette question : Pourquoi est-ce si difficile de s’habiller aujourd’hui dans les magasins de prêt-à-porter ?

…Ou quand j’ai compris qu’il y avait un gros problème de tailles…

Tout a vraiment commencé en 2007.

A cette époque, j’intégrais la Marine Nationale – ne me demandez pas pourquoi ni comment, c’est inexplicable – en tant qu’officier sous contrat. Donc militaire. Donc uniforme. Vous me suivez ?!
Là vous vous dites, « ouaou trop cool, l’uniforme, c’est glam’ à mort ! » ou que sais-je encore. Et ben en fait, non. En tous les cas pas pour moi.
Dans la pratique voilà comment ça se passe : A l’issue d’une petite formation mignonnette du côté de Brest, habillés en treillis du matin au soir (jusque-là ça va, c’est informe, donc ça va à tout le monde), on vous attribue votre trousseau pour les années à venir. Rendez-vous donc au bâtiment en question, où chacune son tour, on rentre dans une grosse boite qui va prendre nos mensurations et nous reproduire en 3D sur un ordinateur (en fait maintenant je sais ce que c’est : un scanner LASER 3D…).  L’objectif ? Déterminer quelles seront les tailles de vêtements qui nous seront attribués automatiquement. Et oui, dans l’armée, on ne vous demande pas simplement : « alors toi ma cocotte, tu fais un petit 40 ??? » non, on décide pour vous quelle taille vous allez porter.
Sur le principe, je trouve l’idée excellente. La machine vous sort un diagnostic, qui est ensuite reçu par les équipes de l’habillement. Du coup, le jour où vous allez chercher votre trousseau, c’est tout prêt.

Mais où veux-t-elle en venir ???– êtes-vous en train de vous demander… j’y viens.
C’est donc à cette époque que tout à commencé.
Que j’ai compris qu’il y avait un gros problème de tailles dans la confection et le prêt-à-porter. Je m’explique : mes mensurations prises par ladite machine (merci le progrès technique) ont donné des mensurations équivalentes à un 42 de tour de poitrine, et un 40 de tour de hanches.

source : pixabay.com

Tous les hauts d’uniformes étant établis sur le tour de poitrine uniquement, et les bas sur le tour de hanches, je me suis retrouvée avec des manteaux, vestes et chemises, 3 fois trop grands pour le haut ( Car oui je fais du 42 de tour de poitrine, mais je suis très étroite d’épaules (je fais un 38) et fine de taille (pareil : 38 à l’époque).
Et des bas trois fois trop petits. Parce que selon le barème de mensuration de l’époque, quand vous faites un 40 de bassin, ça correspond à 69cm de tour de taille (un 36/38 en 2017 avec le nouveau barème).  Donc j’étais tellement serrée à la taille que dès que j’avais mangé (ah oui je n’ai pas précisé : les uniformes sont taille haute !) je ne pouvais  fermer ni les pantalons, ni les jupes …

A l’époque toujours, je me suis juste dit que l’uniforme de l’armée, ce n’était pas pour moi. Et que d’ailleurs l’armée tout court, ce n’était pas pour moi….

Les années ont passé, et une expérience comme ça, ça ne s’oublie pas. Surtout que j’ai continué de côtoyer ce milieu via mes relations proches. A les voir évoluer dans ces uniformes, et voir que certaines n’avaient aucun problème, que tout ça leur allait bien, que ça avait même l’air confortable.

Alors pourquoi ? oui pourquoi ???

 Comment (et pourquoi) l’industrie Textile nous a fait perdre une taille (enfin, du bas seulement 🙂)

Les vêtements que nous portons tous les jours (y compris les uniformes) sont des vêtements dits de « prêt-à-porter », par opposition au sur mesure, et à la Haute-Couture. Le Prêt-à-porter est produit par de grandes entreprises industrielles du textile qui produisent en grande quantité. Elles ont donc besoin d’établir des standards et des références afin de pouvoir fournir des vêtements « normés ».

Ces entreprises –  en tous les cas en France – basent leurs barèmes de tailles sur les normes fournies par l’IFTH (Institut français du textile et de l’Habillement). Jusqu’en 2009, l’industrie du prêt-à-porter s’établissait sur des mensurations qui avaient été relevées auprès de la population française en 1970. Ces mensurations étaient mêmes normées auprès de l’AFNOR sous le nom NF EN 13402 (1, 2 et 3) (mise à jour en 1987). Entre 2003 et 2006, l’IFTH a lancé une grande campagne de mensurations qui a abouti à un nouveau barème de 34 mensurations en 2009.
Et ce nouveau barème a démontré que le corps de la femme avait beaucoup changé.

Je m’explique : voici un tableau récapitulatif des 3 mensurations principales reprises dans 3 tailles seulement, en comparant le barème qui a eu court jusqu’en 2008 et celui de 2009 à aujourd’hui. Sachant que le barème sorti en 2009 a mis quelques temps à s’appliquer, c’est pour cela que ce n’est que récemment qu’on a ressenti ce changement de taille.

A la lecture de ce tableau, on comprend que le barème du tour de poitrine n’a pas changé. Donc que la norme pour les hauts (veste, tee-shirt,…) n’a pas bougé de façon générale.
Par contre pour les bas, là nous avons grossi Mesdames. Qu’à cela ne tienne, ils nous ont toutes fait perdre une taille : Un 40 de bas (taille et hanches) est devenu un 38 dans le nouveau barème (en jaune) !

Voilà, maintenant vous savez pourquoi nous avons toutes maigri ces dernières années.

Enfin pas tout-à fait. Parce que tout ça, ce n’est qu’un barème.

Or les grandes marques du textile n’ont aucune obligation de se conformer à ce barème. C’est donné à titre indicatif. Comprenez : chacun fait comme ça l’arrange.

Et c’est là que notre dieu Marketing fait son entrée avec le «  vanity sizing »….késako ?

Le « vanity Sizing » – Oh les petits malins…

Comme il n’existe aucune réglementation relative à l’application et à la concordance des tailles en Europe, de nombreuses entreprises de prêt-à-porter usent et abusent d’une technique marketing dite de « vanity Sizing » (ou « taille de complaisance » en français dans le texte :)).
Tout droit en ligne avec la théorie de base du marketing  qui est que  « L’idée que l’on se fait du produit est plus importante que le produit lui-même », le «Vanity sizing » se base sur le postulat qu’une femme (ou un homme) va acheter plus facilement un vêtement si la taille est plus petite. En gros, je vous flatte votre égo, du coup vous achetez (oh mon dieu, je rentre dans un 34 !!!!)
Le Parisien a rédigé un très bon article sur le sujet, résumé dans ce joli dessin :

La taille selon les enseignes

Source : http://www.leparisien.fr/societe/mais-quelle-taille-de-vetement-fait-on-reellement-19-11-2016-6347109.php

Le problème, vous le comprenez bien en regardant ce mannequin, c’est qu’on ne sait plus quelle taille choisir. En magasin, ça provoque de la frustration. Et pour les achats en ligne, on hésite, on retourne… Certaines études disent que 1/3 des retours en ligne seraient liés à ce phénomène.

Mais certains détracteurs vous diront qu’une telle chose n’existe pas… je vous laisse seul(e)s juges…

Reste un dernier facteur, mais pas des moindres, la notion même de standard…

« Standard », vous avez dit « standard » ?

Rappelez vous, je vous expliquais que l’industrie textile, pour pouvoir produire en grande série, était

 

obligée de se baser sur un barème standardisé. On comprend bien la logique, mais cela va à l’encontre même du corps humain, qui est tout sauf standard…

Car quelle femme fait  à la fois un 40 à la poitrine, à la taille, aux hanches ? Et je ne parle pas de la carrure (un 40 aussi ?), de la largeur d’épaules (toujours 40 ???). Bref, nous ne sommes pas des stéréotypes, et rares sont celles qui rentrent « dans les cases ». On parle d’ailleurs de « morphotypes », et de silhouettes A, V, X, Y ou encore O.

Voilà, je pense qu’on est là au cœur du problème et que cela explique pourquoi il est si difficile de s’habiller aujourd’hui. Car au-delà de la question « oh elle est jolie cette robe, je prends quelle taille ??? », la vraie difficulté est que le vêtement ait une forme qui convienne à notre morphologie, qui elle, tient compte de ces écarts de mensurations entre les différentes courbes de notre corps.

Je vous propose de clore ce post sur ce sujet, et vous proposer très prochainement un article sur les morphotypes, ou « comment s’habiller en fonction de sa morphologie ».

A très bientôt !

 

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Auteur de l’article : Atelier Oli&jO

Créatrice de l'atelier OliandjO, entrepreneuse motivée à toute épreuve, je partage avec vous le où, comment, pourquoi de cette belle aventure.

1 commentaire sur “S’habiller aujourd’hui, un problème de tailles…

    Dumont

    (20 février 2017 - 8 h 16 min)

    Instructif et décomplexant, ton article

Et vous, vous en pensez quoi ?